Scénario 3 - La recomposition alternative


Un dernier scénario que l’on appellera « alternatif » peut encore s’envisager. Mais sa probabilité d’occurrence est pour l’instant faible. Son intérêt est cependant d’ouvrir, pour nos consciences, et ensuite pour nos pratiques, un espace sur des chemins moins sombres que les deux précédents. Comme point de départ, on peut reprendre l’un ou l’autre des deux scénarios précédents. Au moment d’une nouvelle crise systémique ou bien lors d'explosions sociales particulièrement violentes, on observe une prise de conscience des enjeux mondiaux liés à la globalisation financière par des citoyens organisés, par des gouvernements, ou encore par un ou plusieurs peuples.


La crise, perçue comme globale, joue alors le rôle d’un véritable électrochoc auprès d’opinions publiques lassées par les promesses jamais tenues et en butte à une situation qui, à tous les niveaux, se dégrade. Il y va sans doute de la démocratie et de la paix dans le monde. Pour cela, il faut prendre en compte ce qui a réussi au milieu des années 30 et à Bretton Woods en 1944 et les dépasser pour assumer les exigences altermondialistes, sociales et écologiques de notre temps.


En premier lieu, on peut penser qu’il faudra tout à la fois mettre en œuvre un plan de relance de la demande mondiale, sociale et écologique, et refonder le système financier et monétaire mondial ; pour financer l’ensemble, il faut à la fois recourir à une fiscalité réellement redistributrice et à la création monétaire.


Mais ensuite, pour le Nord, les prises de participations au capital ou les nationalisations bancaires devront être consolidées dans la durée grâce à une action politique. Par exemple, des pôles financiers publics pourraient alors émerger et fonctionner comme investisseurs de long terme dans les secteurs les plus vitaux de l'économie. Dans une perspective de développement durable, ces pôles seraient d’un apport considérable pour promouvoir, à grande échelle, la finance solidaire, les énergies renouvelables et le commerce équitable.


Simultanément, pour le Sud, et pour les plus grands pays, il peut y avoir des marges pour changer de politique interne, dans un sens qui pourrait permettre la réduction des grands déséquilibres et des inégalités. De même, on pourrait imaginer des formes d’intégration régionale beaucoup plus poussées que celles qui existent aujourd’hui, pas seulement sur le plan commercial ou économique, mais également sur un plan monétaire. Ces regroupements seraient essentiels à la formation d’un monde multipolaire, gage de plus grande stabilité internationale, mais aussi, pour chaque pays participant, facteur de paix et d'une plus grande sécurité politique.


En relation avec ce dernier point, il est indispensable d’ajouter à ce dernier scénario l’utopie monétaire dont on a déjà parler et qui doit cependant éclairer l'avenir. Si l'hypertrophie de la sphère financière actuelle tient pour l'essentiel, à la déréglementation des taux de change et des taux d'intérêt, ne faut-il pas, sur ce plan-là, apporter une réponse nécessairement globale ? Ne faut-il pas alors, à l'instar de la crise climatique dont les solutions passent par des mesures à la fois locales, nationales et internationales, imaginer un dispositif analogue, et notamment des règles internationales sur la formation des taux d'intérêt et des taux de change ? et aller vers l’idée d'une « monnaie commune », certes par étapes, mais considérée finalement comme un patrimoine commun de l'humanité. On aurait là le moyen le plus efficace pour dégonfler la sphère financière, lutter contre les spéculations de toute sorte, et notamment des prix alimentaires, et retrouver ainsi les fondamentaux de la vie économique en société.


Une autre leçon se dégage des événements les plus récents : il sera demain nécessaire d'articuler l'agenda de la réforme financière et celui de la discussion de l'après Kyoto parce que la crise se manifeste sous divers aspects. Mais, fondamentalement, elle est "une". Réguler la quantité de carbone mise sur le marché, encourager le développement des solutions alternatives et permettre à la Chine comme à d'autres pays émergents de monétariser leurs futurs certificats carbone : voilà une série de nécessités.


En conclusion, ce dernier scénario amène finalement à se poser la question du capitalisme et de sa transformation nécessaire comme réponse à la crise globale que l’économie mondiale traverse actuellement. Le capitalisme est souvent identifié à l’économie de marché. Le marché est sans doute une technique d’échange et d’allocation des ressources souple et efficace. Mais une technique ne fait pas un mode de production. On peut très bien concevoir une économie de marché qui ne soit pas sous la domination du capital. En tout cas, le capitalisme financier, auquel on a tant laissé les coudées franches, a fait la démonstration de son inaptitude à s’autocontrôler et même de sa dangerosité. Parallèlement, les dogmes du libéralisme économique sont aujourd’hui sérieusement remis en cause. Les voies d’une alternative concrète passe par une régulation de l’économie, un partage équitable des richesses, un développement durable partout sur la planète, la liberté mais aussi la justice, et un engagement résolu de l’Etat comme représentant des citoyens.


On doit en effet espérer que nos communautés nationales sont rassemblées par des valeurs, et qu’elles sont mues par des exigences : la liberté, la sécurité, l’épanouissement individuel et le bien être collectif, pour lesquels l’économie ne peut être qu’un moyen. Penser autrement, agir concrètement, ouvrir des chemins alternatifs, c’est peut-être aussi redécouvrir les aspirations multiples de l’homme et de la vie en société...

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