Scénario 1 - La continuité avec aménagements

En l’état actuel, le scénario de reconduction du capitalisme financier avec aménagements est celui que nous propose le 20. Il est probablement le scénario le plus crédible et le plus probable, mais on peut se poser légitimement la question de savoir jusqu'à quand. Les mesures prises par les gouvernements de soutien au système bancaire ainsi que les plans de relance ont certes amorcé une reprise, ici ou là, de l’activité économique en évitant pour l’instant un approfondissement de la crise économique et financière. Il demeure cependant la question du chômage qui ne fait que s’étendre actuellement.


La séquence de ce scénario pourrait être alors la suivante. Tout d’abord, le vaste mouvement de recapitalisation des banques de l’oligopole, engagée grâce aux capitaux publics avec, en contrepartie, l’apurement de leurs actifs toxiques va se poursuivre. Cette recapitalisation a exigé et exige encore des appels massifs aux marchés financiers, soit de la part des Etats, soit de la part des banques. Une bulle de l’endettement public se forme, comme on le constate actuellement


Une fois l'apurement des bilans des banques complètement réalisé, les banques remboursent les avances de l’Etat et celles qui avaient été nationalisées retournent au secteur privé. La confiance revient peu à peu aussi bien parmi les milieux financiers, les salariés, les consommateurs, et les retraités.


Ce premier scénario est aussi celui par conséquent d’une récession courte qui s’achèverait définitivement dans la première partie de l’année 2010. Cette séquence serait la moins pénalisante en matière de chômage et de pouvoir d’achat. Ce scénario s’inscrit dans le cadre des réunions du G20. On ne doit pas cependant exclure une récession qui, pour certains pays, pourrait aller au-delà de l’année 2010. Les conséquences pour l’emploi et les revenus de ménages seraient plus sévères. De mauvaises politiques économiques pourraient y conduire. Cela pourrait aussi se produire si la crise financière était mal surmontée, ou si les banques devaient restreindre trop longtemps le crédit. Cette variante du scénario central est plus sombre, mais évidemment possible.


Toutefois, la phase finale de ce scénario est problématique. On ne voit pas en effet ce qui empêcherait la formation de nouvelles bulles d'actifs encore plus gigantesques que celles qui ont été observées. Plusieurs raisons militent en ce sens. D’une part, des liquidités énormes ont été déversées par les Banques Centrales sur les marchés, et d’autre part celles-ci font tout pour tirer vers le bas les taux d’intérêt. Bref, on est en train de recréer les conditions de formation de nouvelles bulles financées par le crédit.


Plus grave encore, l’endettement public dans le monde croît de façon vertigineuse, notamment dans les pays les plus développés. Fin septembre 2009, cette dette atteignait 35,1T$ selon The Economist, alors qu’elle s’établissait seulement à la moitié dix ans auparavant. Selon la même source, la dette publique mondiale en 2010 atteindrait 40T$, soit une augmentation de 15%. Le scénario central implique alors une sortie de crise qui passerait par un assainissement très sévère des finances publiques : « nous préparerons nos stratégies de sortie de crise et, lorsque le moment sera venu, nous cesserons notre soutien exceptionnel de manière coordonnée et coopérative, en honorant notre engagement en matière de responsabilité budgétaire « (point  10 du communiqué de Pittsburg).


Une variante possible à la rigueur budgétaire serait l’entrée dans un processus inflationniste. On imagine alors que les banquiers centraux feraient tout pour éviter son extension. Mais alors, il est fort probable que les taux d’intérêt s’élèveraient partout dans le monde, enclenchant ipso facto une nouvelle phase récessive...