Annexe 8

Marchés interbancaires et injections de liquidités




En temps normal, les banques s'échangent de l'argent sur un marché au jour le jour, à différentes échéances, en fonction de leur besoin sur le "marché interbancaire". La Banque A prête à la banque B des liquidités un jour ; la semaine suivante, c'est l'inverse. Les banques s'accordent une confiance mutuelle et se prêtent à un taux proche du taux de refinancement, le principal taux directeur fixé par la Banque centrale.


Mais, quand les banques commencent à se soupçonner entre elles de posséder dans leurs comptes des "crédits pourris", par exemple les fameux prêts immobiliers américains à risques titrisés, les "subprimes", rien ne va plus. Le taux d'intérêt s'envole et menace d'empêcher les banques de réaliser leurs opérations quotidiennes. Le système frôle alors la paralysie. La Banque centrale ne peut faire autrement que d'opérer des "injections de liquidités" exceptionnelles sur le marché interbancaire en attendant que la confiance revienne.


Le mécanisme d'intervention de la Banque centrale sur le marché, complexe, peut revêtir plusieurs formes. Pour résumer, elle "distribue alors des liquidités", souvent à très court terme, pour une seule journée, en échange de garanties fournies par les banques comme des bons des trésors. Dans les cas les plus graves, la banque centrale peut même accepter des titres plus risqués dont la valeur n'est pas assurée.


La faillite d'une banque centrale n'est, en théorie, pas exclue. Mais, le risque est bien réel : la banque centrale prête bien plus que ce qu'elle possède elle-même. Elle pratique ce que l'on appelle en économie l'effet de levier. Lorsque son "passif" ne suffit plus, elle est alors obligée de procéder à une augmentation de capital. C'est bien, par exemple, ce qui est arrivé à la Fed, le Trésor américain ayant discrètement émis 100 milliards de "bons de trésorerie" pour renforcer le bilan de la Reserve fédérale banque du 15 au 22 septembre 2008.


Reste que "les injections de liquidités" pour rassurer les banques évitent aux banques centrales de toucher au taux d'intérêt qui, par nature, influence un ensemble très large de paramètres économiques, du taux de change à l'inflation, en passant par la croissance économique via l'investissement des entreprises et la consommation. C'était en particulier le paradoxe de la BCE, qui intervient massivement pour fournir de l'argent frais aux banques sans pour autant prendre le risque de renforcer durablement l'inflation en abaissant son taux directeur.


En résumé, l'injection de liquidités permet d'éviter des situations de cessation de paiement ou des ventes forcées d'actifs par les intermédiaires financiers qui ne trouvent pas les financements dont ils ont besoin à court terme. L'injection de liquidités apparaît donc nécessaire pour endiguer une spirale baissière. Mais, cette alimentation du marché monétaire interbancaire en liquidités ne peut permettre d'éviter durablement la chute cumulative et déstabilisante des prix des actifs.


Pour répondre également à une idée reçue, ce ne sont pas les banques centrales qui créent de la monnaie. Ce sont principalement les banques commerciales. Lorsque ces dernières font un prêt, ce prêt atterrit sur un compte de dépôt : c'est ainsi de la monnaie qui est créé.


Pour éviter que le crédit (et donc la création de monnaie) ne s'emballe, il faut que la Banque centrale puisse s'immiscer d'une façon ou d'une autre dans la relation entre les banques et les emprunteurs. Elle le fait à travers un instrument qu'on appelle les "réserves obligatoires".


Quand la banque A accorde un crédit de 100 000 dollars à un client, le niveau des dépôts augmente de 100 000 dollars. Si le taux de réserves obligatoires est de 2%, la banque doit alors conserver, sur un compte à la Banque centrale peu rémunéré, 2% de ces nouveaux dépôts, soit 2000 euros. L'ensemble des "réserves" des banques, augmentées des pièces et des billets, est appelé la "base" monétaire. Ou encore, M0 (M zéro).


Si une banque n'a pas suffisamment de réserves pour exercer son activité de crédit comme elle le veut, que peut-elle faire ? Elle va chercher une autre banque qui, elle, dispose de plus de réserves qu'elle n'en a besoin. Elle va emprunter à cette autre banque les réserves dont elle a besoin, en échange d'une rémunération. Chacun y gagne : la première pourra faire son prêt, la seconde est ravie de pouvoir prêter des réserves qui, sinon, ne lui rapporteraient rien.