Les plans Paulson 1 et 2


Dès lors, les moyens pour lutter contre la crise ont complètement changé de nature et de dimension. Le plan Paulson, qui envisageait, dans une première mouture, de racheter les créances toxiques aux banques pour un montant de 700 milliards de dollars, s’est transformé partiellement en un plan d’apports de fonds propres aux plus grandes banques. Notons que c'est sur les conseils des cinq plus grandes banques américaines que ce changement a été proposé.


Pourquoi 700 milliards de dollars ? Le Trésor voulait débarrasser, au départ, les banques de leurs actifs "toxiques" à l'origine de la crise. En éliminant le "ver dans le fruit", il comptait ainsi restaurer la confiance dans le système financier. Mais à quel prix seraient rachetés les actifs « subprime » des banques ? Henry Paulson s'est alors aperçu qu'il était peu efficace de racheter des actifs toxiques parce qu'il y a des problèmes de fixation du prix d'achat de ces titres. Le plan a donc changé de nature depuis le 14 octobre.


Aussitôt 250 milliards ont été alloués à la recapitalisation bancaire. La question était de savoir ce qu'il allait faire avec les sommes restant à sa disposition. Il a décidé d'utiliser cet argent pour favoriser le crédit à la consommation parce que les banques n'en accordent plus actuellement. Les données que l'on a sur la consommation des ménages aux États-Unis sont catastrophiques : il faut donc faire en sorte que le consommateur retrouve des marges et puisse continuer à emprunter. Le plan initial est donc réorienté vers la consommation. Mais personne ne peut dire si cela sera suffisant pour la relancer. D'ailleurs, on ne connaît pas encore le détail de ces nouvelles mesures négociées avec la Réserve fédérale américaine.


Le plan de sauvetage américain est financé par le Trésor, donc par le contribuable. Les sommes seront octroyées en trois étapes : 250 milliards de dollars ont donc été immédiatement accordés au Trésor suivis de 100 milliards octroyés, si nécessaire, à la demande du président, puis 350 milliards sujets à un nouveau vote du Congrès. Deux comités externes surveilleront la manière dont sont dépensées ces sommes.


Quelles sont les institutions financières susceptibles d'être sauvées ? Les banques américaines, mais aussi des collectivités locales, des fonds de pension et des petites banques commerciales, pourront profiter de l'offre. Les banques étrangères qui disposent de filiales aux Etats-Unis seront aussi acceptées. En revanche, les fonds spéculatifs devraient être exclus du programme.


Le 3 octobre, la Chambre des représentants américains a approuvé, par 263 voix contre 171, le plan de 700 milliards de dollars élaboré par le secrétaire d'État au Trésor Henry Paulson et baptisé "Loi sur la stabilisation économique d'urgence de 2008". Un plan qui avait été rejeté en première lecture, le 29 septembre, par 228 voix contre 205. Avec l'approbation par la Chambre, cette loi, qui donne des moyens historiques au Trésor américain pour intervenir sur le secteur financier, est entérinée par le Congrès.


L’objectif du plan est de donner à l'État les moyens et l'autorité de racheter les actifs dépréciés des institutions financières mises à mal par la crise des prêts immobiliers à risque, les "subprimes". Plus d'une douzaine de banques ont déjà fait faillite aux États-Unis.

Comment plus précisément les sommes du plan Paulson se répartissent-elles pour l'instant ? 250 milliards ont été dépensés pour la recapitalisation bancaire : 125 pour les grandes banques, 125 pour les banques régionales. 40 milliards de plus ont été dépensés pour sauver l'assureur AIG. Il reste 60 milliards à allouer sur les 350 milliards de la première enveloppe du plan. Pour les 350 milliards restants, il faut encore l'accord du Congrès pour les utiliser. Une partie des sommes encore disponibles seront destinées à recapitaliser des institutions financières non bancaires (ex : les assureurs) même si on ne peut pas encore dire qui en bénéficiera.


Le plan Paulson ne ressemble donc plus au plan initial qui avait été prouvé par le Congrès après de difficiles négociations... En réalité du plan initial, il ne reste rien. On s'aperçoit que les critiques de nombreux économistes qui prédisaient que l'on aurait des difficultés pour fixer un prix de rachat des actifs toxiques par l'État étaient valables et que l'administration américaine les a sous-estimées. Henry Paulson a donc été obligé de changer son fusil d'épaule.