La bombe à retardement des CDS


Pour terminer, soulignons qu’en cas de nouvelles faillites, un danger très grand guette le système financier. C'est l'activation des fameux CDS (Credit Default Swap), qui sont des produits de couverture contre le risque de défaut d’un établissement ou d’un pays (Pour un approfondissement de ce produit, voir l'annexe 5). Si leur activation devait avoir lieu à une grande échelle, hypothèse qu’on ne peut écarter, il faudrait alors procéder à la nationalisation quasi intégrale de toutes les banques des pays développés, car les chiffres sont ici gigantesques : l’encours de ces produits s’élève en effet à 55 000 milliards de dollars.


Actuellement, les vendeurs de ce type de couverture, confrontés aux risques que représentent les défaillances d’établissements financiers (du type AIG) sont obligés d’élever les garanties apportées. Les CDS sont des sortes d’assurances contre une défaillance de l’emprunteur : le vendeur de CDS s’engage à rembourser à sa place en échange d’une prime variant en fonction du marché et de la qualité de l’emprunteur. Les contrats d'assurance CDS obligent l'assureur (généralement une banque ou un rehausseur de crédit) à régler une dette lorsqu'un un débiteur (généralement, une banque ou une institution financière) est en défaut de paiement.


Ces pratiques lient étroitement les banques européennes aux banques américaines qui, elles-mêmes, se tiennent indissociablement garantes les unes des autres. Mais les banques se sont longtemps crues en sécurité, car elles ont pris de nombreuses assurances auprès des rehausseurs de crédit. Echangés à grande échelle, remixés et recompilés en une impressionante pharmacopée de titres dérivés, les titres RMBS et CDOs et leurs garanties CDS ont été achetés et vendus par les banques d'investissements telles que Fortis Investments, Deutsche Bank et par toutes les banques d'investissements européennes.


Par exemple, les rehausseurs de crédit (« monolines ») ont été sévèrement affectés par la crise des subprimes, notamment à travers l’encours de dérivés de crédit (CDS de CDO) qu’ils portent, estimé à 125 Mds$ pour un total d’actifs garantis de 2 500 Mds$. L’enjeu des discussions menées actuellement sous l’égide de la Réserve Fédérale sur le partage des pertes correspondantes entre banques et monolines ou leur étalement dans la durée, est clé, compte tenu de la base limitée de leurs capitaux (30 Mds).