Le crédit crunch et son impact économique


En effet, le désordre monétaire et financier contamine dorénavant l’économie réelle. La récession touche la plupart des pays occidentaux. C’est assez logique. Il y a d’abord d’énormes pertes de valeurs. Il y a ensuite la fragilisation du secteur bancaire. Malgré les injections massives de liquidités opérées par les banques centrales, la méfiance entre les banques privées, leur incertitude à l’égard de la qualité de leurs actifs, la peur de l’insolvabilité conduisent celles-ci à resserrer fortement le crédit aux entreprises et aux particuliers, réalisant ce qu’on appelle un « credit crunch ». Il y a encore l’impact de la crise immobilière sur le logement, le bâtiment et la consommation de très nombreux ménages endettés, tout particulièrement aux Etats-Unis. Il y a enfin une perte générale de confiance des acteurs économiques, ce qui est toujours néfaste pour l’activité.


Quelle sera l’ampleur de cette crise ? Elle variera sans doute, selon les zones et les pays. Par zone, on sait que les pays émergents devraient garder des taux de croissance plus élevés que les économies matures, puisqu’ils sont en phase de décollage. Mais n’oublions pas les fortes tensions que le développement impose à leurs structures sociales. Avec un taux de croissance du PIB qui deviendrait inférieur à 7 ou 8 %, la Chine pourrait souffrir de troubles plus grands que la Belgique et la France avec un taux zéro.


D’après les prévisions du FMI, la croissance mondiale en 2009 ne devrait pas dépasser 3 %. Celle des pays émergents sera limitée à 6 ou 7 %. Celle des économies développées sera proche de zéro. Plus précisément, pour les Etats-Unis, le Fonds Monétaire International a ainsi revu en baisse de 1,9% à 1,6% son estimation de croissance cette année, et de 0,8% à 0,1% sa projection de croissance en 2009. La zone euro voit ses perspectives également sensiblement révisées en baisse : de 1,7% à 1,3% en 2008, et de 1,2% à 0,2% pour 2009. Concernant les pays émergents, la projection d’une croissance de 6,9% en 2008 est maintenue, mais revue de 6,7% à 6,1% pour 2009. La question est par conséquent de savoir si la récession sera courte ou longue et si elle ne dégénèrera pas en dépression. On y reviendra.



Source FMI


Autre élément très important de la crise financière , l'envolée, au cours des neufs premiers mois de l'année 2008, des matières premières agricoles et du pétrole. Cette envolée a rendu particulièrement sensible le sujet des investissements croissants réalisés par de grands investisseurs institutionnels sur les marchés de futures (contrats d’achat ou de vente à terme).


Or il est indéniable qu’une « vague » de liquidités s'est portée sur ces marchés : les investisseurs, principalement des fonds, se sont dirigés très fortement vers le marché des matières premières, d’autant plus que de nombreuses études de banque vantent les bénéfices, tant en termes de diversification que de protection, contre l’inflation de ces investissements très peu corrélés aux marchés boursiers. Sur le long terme, l’équilibre des marchés reflète l’évolution anticipée des prix résultant de l’équilibre de l’offre et de la demande physique, en tenant compte, en particulier pour le pétrole, de la croissance de la demande adressée par la Chine et l’Inde.


Mais, il est évident qu’une bulle temporaire, favorisée par l’ampleur des capitaux investis par ce type d’investisseurs (260 Mds$ à fin mars 2008 sur le marché à terme de Chicago contre 13 Mds$ à fin 2003).


Il est clair qu’une part des volumes aujourd’hui échangés sur ces marchés ne corresponde pas à des activités normales de couverture de besoins physiques. Ces échanges affectent sur le court terme le prix spot, et donc favorisent le développement d’une bulle. La volatilité excessive sur ces marchés due aux larges volumes de trading constitue également une autre problématique importante. Le caractère tout à fait spécifique de ces marchés, qui traitent de produits vitaux à l’échelle mondiale, appelle de fait une vigilance renforcée et pose la question d’éventuelles restrictions à apporter aux opérations réalisées par certains de ces investisseurs. Bien que l’essentiel des bourses correspondantes soient américaines, le London Metal Exchange ainsi que de nombreux marchés non régulés, traitent également des contrats de ce type ou des dérivés. A tout le moins, parmi les actions possibles, figure la nécessité d’une transparence accrue à trois niveaux : transparence des stocks physiques ; transparence dans le fonctionnement des marchés et notamment des marchés à terme et si possible des marchés OTC avec la création d’une chambre de compensation unique permettant un dénouement rapide et efficace des transactions ; transparence dans l’échange d’information entre autorités de régulation de ces marchés, au-delà de celles directementnécessaires à la supervision des bourses concernées.


Chaque pays devra tracer son chemin face à la crise. Ceux dont les fondamentaux économique sont les plus sains, dont les marges de manœuvre sont les plus grandes (en matière de comptes publics comme d’endettement) et dont l’appareil productif est plus performant résisteront mieux que les autres.