Septembre 2008 : le double choc de Lehmann et de AIG


En septembre 2008, on a pu observer une accélération brutale de la crise. Le gouvernement américain, après avoir sauvé Bear Stearns en mars de la même année et les deux rehausseurs de crédits hypothécaires Fannie Mae et Freddie Mac, ne fait rien pour empêcher finalement la faillite de Lehman Brothers, un des membres éminent de l'oligopole bancaire mondial et évite de justesse la faillite du géant AIG.


1 - Lehman Brothers, la quatrième banque d'affaires américaine, s'est mise sous la protection du chapitre 11, tandis que Merrill Lynch est simultanément reprise pour 50 milliards de dollars par Bank of America. L'onde de choc de cette faillite touche alors tout le secteur bancaire mondial. Cette banque avait traversé la crise de 1929, mais n'aura finalement pas résisté à la crise des subprimes. La banque américaine, qui avait commencé dans le négoce du coton, était plus que centenaire. Fondée par les frères Lehman en 1850, elle s'était tournée rapidement vers le financement des chemins de fer et des géants de la distribution. Plus récemment, la banque avait vu son siège détruit par les attentats du 11 septembre. Reste que Lehman avait jusqu'à maintenant bonne réputation sur la place new-yorkaise. Il y a un an, le magazine «Fortune» lui avait décerné le prix de la banque d'investissement la plus admirée des Etats Unis.


Le paysage bancaire américain s'en trouve bouleversé La faillite de Lehman Brothers a quelque peu éclipsé l'autre très gros événement de la même journée : le rachat de Merill Lynch par Bank of America. Celle-ci met quelque 50 milliards de dollars pour s'offrir la banque d'affaires américaine et, du même coup, se hisser au premier rang mondial de son secteur.


A la mi-septembre, la finance américaine sort de bouleversements sans précédent. Les opérations concernant Lehman et Merrill achevées, et plusieurs mois après le rachat de Bear Stearns par JPMorgan Chase, il ne restera plus que deux banques d'affaires outre-Atlantique : Goldman Sachs et Morgan Stanley. De leur côté, les rehausseurs de crédit Fannie Mae et Freddie Mae ont été nationalisés et sont désormais destinés à disparaître. Mais il restait encore une épreuve à subir.


2 – Le 17 septembre, le gouvernement américain décide en effet de nationaliser l’ex numéro un mondial de l’assurance, American Insurance Group (AIG). La question que tout le monde se pose alors est pourquoi AIG méritait d'être sauvée par la puissance publique et pas la banque d'affaires Lehman Brothers, qui elle aussi avait des filiales profitables à côté de ses actifs "toxiques". La faillite du numéro un mondial de l'assurance, compte tenu de sa taille, aurait pu entraîner une crise systémique, ont jugé les autorités. Au risque d'encourager les groupes financiers à devenir trop gros pour disparaître, et ce au détriment de leurs concurrents plus petits.


AIG avait dans ses comptes 440 milliards de dollars de "credit default swaps" (CDS). Ces instruments financiers sont des polices d'assurance complexes contre le défaut d'obligations. Cette diversification de ses métiers d'assureur dommage et assureur vie avait été décidée par AIG il y a une vingtaine d'années. Le débouclage désordonné de ces CDS, outre qu'il est difficile à effectuer, aurait entraîné de nouvelles dépréciations d'actifs et causé de lourdes pertes dans le secteur bancaire, qui n'en a pas besoin à ce moment-là. Le sous-secrétaire au Trésor pour la stabilité financière a souligné que l'engagement renforcé des pouvoirs publics était indispensable à "la stabilité du système financier", car une faillite d'AIG aurait des répercussions en cascade sur l'ensemble de la finance mondiale, par le biais des contrats d'assurance contre le risque de crédit (CDS) qu'il a souscrits. AIG est un puissant émetteur de dettes pour financer son activité. Et ses créanciers sont les plus grandes banques de la planète.


En contrepartie du risque d'encourager les institutions financières à grossir, la Fed a demandé des conditions drastiques aux actionnaires et créanciers d'AIG. Le prêt de deux ans de 85 milliards accordé à l'assureur sera rémunéré 8,5 points au-dessus du taux interbancaire classique. L'Etat a des options qui vont lui permettre de contrôler 80% du capital et de diluer les actionnaires actuels. Il a, en outre, exigé la démission du PDG.En deux mois, le gouvernement a pratiquement doublé son aide à l'assureur américain AIG, la portant de 85 milliards de dollars à 150 milliards. En parallèle, il a aussi adouci les conditions de celle-ci, alors que le groupe vient de publier une perte record de 24,5 milliards au troisième trimestre.


C'est un événement unique, ce n'est pas le début d'un nouveau programme », a insisté Neel Kashkari, responsable du TARP (Troubled Assets Relief Program) lors de la Securities Industry and Financial Markets Associations conférence à New York. Le gouvernement a en effet puisé 40 milliards de dollars dans ce fonds de 700 milliards destiné à secourir les services financiers pour prendre la participation au capital d'AIG. « Cette action était nécessaire pour maintenir la stabilité de notre système financier », a-t-il affirmé. Sur une première tranche de 350 milliards de dollars, 290 milliards ont déjà été attribués à des banques et AIG, le seul à ne pas en être, en a reçu la plus grosse part…


Le montant ultime du coût du sauvetage d'AIG pourrait potentiellement être équivalent à l'ensemble de la richesse produite en un an par des pays comme l'Ukraine, la Hongrie, le Pakistan ou les Philippines.


Ainisi de l’éclatement de la crise des subprimes à la faillite de Lehman Brothers en passant par le sauvetage de AIG, les marchés ont fait preuve, pendant plus d’un an, de leur incapacité à surmonter seuls la crise. Ni les dépréciations massives d’actifs, ni les recapitalisations tout aussi importantes, ni les tentatives de mise en place de fonds de soutien privés ne sont parvenues à faire revenir la confiance dans un système bancaire rendu exsangue par l’importance et la complexité des produits structurés disséminés au sein du système financier. Ce dont témoigne la persistance de tensions continues et exceptionnelles sur les taux interbancaires. On peut y voir la source de la crise économique qui se déploie désormais.