Edito

de François Morin

Pertes de repère

En ce début d’année, la planète finance n’a toujours pas repris ses repères. L’incertitude domine le comportement des acteurs, et les dernières secousses  sont là pour alimenter la méfiance et l’inquiétude.

Aux Etats-Unis, les conséquences de l’affaire Madoff ne sont pas toujours connues avec précision. Avant les vacances de fin d’année, on recensait environ 4000 investisseurs victimes du scandale du siècle ; au retour des vacances le chiffre a brutalement grimpé à 8000. Les juges en charge du dossier ne savent pas ce qui pourra être récupéré ou ce qui peut l’être encore. En perspective des procès et des faillites en chaîne...

En Europe, la surprise de début d’année est venue d’Allemagne, avec la nationalisation partielle de Commerzbank, la deuxième banque du pays (qui elle-même venait de racheter Dresdner Bank en proie à des difficultés liées aux subprimes). L’Etat fédéral avait déjà alloué 15 milliards d’euros de garantie et 8,2 pour la recapitalisation de cette banque. La nationalisation entraîne une injection supplémentaire de 10 milliards. Pour les observateurs allemands, il s’agit d’une « initiative historique ». L’Histoire est donc en train de se faire en Allemagne. Pas de quoi rassurer.

Les principales places financières sont depuis le début de cette année toujours volatiles, et manifestent une aversion pour le risque encore bien marquée. La « fuite pour la qualité » se retrouve sur les marchés obligataires avec des taux d’intérêt tirés vers le bas. Mais, on sent que tout ceci reste bien fragile. Ainsi, le 8 janvier, l'Allemagne n'a pas réussi à placer l'intégralité d'une émission de dette souveraine (les investisseurs n'ont absorbé que 5,2 milliards d'euros d'obligations à 10 ans, contre 6 milliards offerts). Un signe inquiétant pour les Etats européens ? Ceux-ci devront très probablement payer plus cher les emprunts qui doivent financer leurs divers plans de relance.

Le FMI de son côté  est sollicité comme jamais par les appels au secours d’Etat qui sont aux prises de balances de paiement en difficulté. La liste des pays faisant appel à lui s’allonge de jour en jour (Pologne, Mexique, Ukraine, Argentine, Hongrie, Lettonie et, depuis le début de cette année, Sénégal et Biélorussie). Ses responsables commencent à s’inquiéter de ces appels et réclament une augmentation des ressources du Fond à hauteur de 150 milliards de dollars. Le FMI bientôt en difficulté ?

Enfin, une autre incertitude est symptomatique du désarroi actuel du FMI. Les analystes de cette institution ont renoncé à évaluer - même grossièrement - les pertes liées à la crise financière. Il faut dire que ses premières estimations ont été rapidement dépassées. En février 2008, les pertes étaient estimées à 400 milliards de dollars, deux mois après à 945 milliards et en octobre dernier à 1400 milliards. Depuis, c’est le silence. Faut-il s’inquiéter ?


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13 janvier 2009