Troisième étape, le marché des produits dérivés

Devant un monde peuplé d'autant d'incertitudes, les entreprises vont donc chercher à se couvrir contre la variation des cours des monnaies ou celle des taux d'intérêt. Elles ne pouvaient en effet accepter par exemple que le bénéfice escompté de la vente de leurs produits à l’exportation se transforme en perte ou soit réduit sous l’impact de la seule variation d’un taux de change.


Ainsi se sont développés puissamment les produits dérivés, fondés sur les taux d’intérêt, les cours de bourse ou encore les crédits hypothécaires, comme les fameux subprimes aux Etats-Unis que l'on examinera plus loin. On a même assisté, depuis quelques mois, et devant la fragilisation des produits financiers, à un report des produits dérivés sur de nouveaux points d’appui : le pétrole, les matières premières ou les produits alimentaires. La sphère financière mord ici directement sur l’économie réelle. Il faut ici souligner fortement que dans les deux cas - monnaies et taux d’intérêt - on a libéré les prix pour avoir à se protéger ensuite contre leurs variations !


Pour autant, la croissance vive des marchés des changes et celle, exponentielle, des marchés de produits dérivés ne peuvent s’expliquer seulement par la mise en place de systèmes de couverture. En réalité, de l’objet initial de couverture, on est passé à la spéculation. Le risque - car il y a toujours risque sur un marché - a été transféré, suivant des chaînes souvent longues et à travers des montages de plus en plus complexes, à des spéculateurs qui jouent à la hausse ou à la baisse. C’est l’objet des fonds spéculatifs, comme les hedge funds, par exemple.


À partir de là, la sphère financière a crû en vingt-cinq ans démesurément. Il faut savoir qu’au début des années 80 les transactions sur produits dérivés représentaient moins de mille milliards de dollars (1 tera-dollar). Celles-ci ont été multipliés ensuite par 1.400 ! La crise boursière de 1987, comme les graves crises du SME en 1992 et 1993, trouvent fondamentalement leur source à la fois dans de vastes mouvements spéculatifs de capitaux entre les deux rives de l’atlantique, mais aussi dans la nécessité de briser définitivement les anticipations inflationnistes peu favorables aux investisseurs financiers.


A partir du milieu des années 90, on peut faire le constat d’une globalisation des marchés monétaires et financiers. La finance devient globale. C'est en effet à ce moment là qu'aux Etats-Unis, les fonds de retraite à cotisations définies l'emportent sur les fonds à prestations définies : après avoir été observé aux Etats Unis et en Angleterre, ce renversement provoque sur les places financières du monde entier l’hégémonie de la valeur actionnariale ; c’est aussi à ce moment là que les premières crises à caractère systémique se manifestent et que les premières opérations de titrisation vont prendre une ampleur inconnue jusqu’alors.