Première étape, le marché des changes

La financiarisation de l'économie mondiale est un phénomène récent marquée par plusieurs étapes dont on peut légitimement faire remonter à 1944, le tout début, avec les accords de Bretton Woods. A cette conférence, les américains imposent le dollar comme monnaie internationale. Pour retrouver une stabilité et la confiance dans la monnaie, condition du plan Marshall destiné à ouvrir un marché extérieur aux USA, il est décidé de revenir, provisoirement, à la valeur repère qu’est l’or. Le retour à l’étalon or permet au dollar d'affirmer sa suprématie au sein du système financier international. Grâce à la guerre, les États-Unis ont accumulé des réserves d’or tandis que les autres pays n’en avaient plus guère. Mais, du coup, les USA commencent à vivre à crédit en finançant leur déficit grâce à leur monnaie, devenue la référence internationale. Cette hégémonie américaine va cependant rencontrer une première limite avec la création du marché de l'eurodollar en 1958 qui permet à la place de Londres de s'affirmer, à partir de cette date, sur la scène internationale.


En 1971, les réserves d’or s’épuisent progressivement et les Etats-Unis vont abandonner la convertibilité du dollar en or. La décision du Président américain Richard Nixon de supprimer la convertibilité a entraîné progressivement la fin des parités fixes. Mais, les américains vont, sur la lancée des habitudes prises, continuer à faire du dollar la monnaie de réserve incontournable sur le plan international. Autrement dit, la monnaie américaine symbolise une confiance sans contrepartie autre que celle accordée aux bons du Trésor américain. Si cette rupture est le signe particulièrement visible d’un nouvel affaiblissement du dollar, elle est également, à l’époque, le signal d'un taux de profit en recul aux Etats-Unis, lui-même consécutif en grande partie à la défaite des américains au Vietnam.


Avec la rupture des accords de Bretton Woods, et par conséquent d'un dollar qui brise son lien avec l’étalon or, une étape essentielle vers la globalisation financière est franchie. Elle est la marque d’une première grande libéralisation, celle des taux de change. Cette déréglementation fondamentale, impulsée par une pensée néolibérale en plein essor, entraîne dans la foulée le développement d’un marché de couverture des risques. Il faut en effet que les entreprises puissent s’assurer contre les variations incessantes des prix des monnaies entre elles, car ces variations sont génératrices de très fortes incertitudes pour le commerce international. Mais, évidemment, le risque de change ne disparaît pas pour autant. Il est assumé par ceux qui vendent les produits de couverture qui, dans la terminologie des marchés financiers, ne sont autres que des spéculateurs.


Mais, en 1973, la première crise du pétrole signe une nouvelle alerte pour les Etats-Unis. Le fameux « peak oil » est atteint et le dollar ne trouve alors sa véritable contrepartie que dans la seule puissance industrielle américaine et les usages du système financier international qui continue à faire confiance au dollar. Les pays industrialisés doivent désormais importer leurs ressources énergétiques. Non seulement ils deviennent davantage dépendants des pays qui les possèdent, mais corrélativement ils contractent une dette financière globalement correspondante à celle-ci. Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 ont ainsi transformé, profondément, les circuits financiers mondiaux, notamment avec le recyclage des pétrodollars.