3 - Le processus de libéralisation des années 1970 - 1995


En cohérence avec les bases doctrinales et les recommandations du FMI, le processus de libéralisation (interne/externe) s’est alors, dans les faits, étendu à l’échelle de la planète sur une période somme toute assez brève. En effet, on peut dater l’amorce du nouveau régime de croissance à partir des années 1970 et considérer qu’une nouvelle phase est franchie, en 1995, avec l’avènement d’une finance réellement globalisée.

La rupture des accords de Bretton Woods, tout comme les politiques de désintermédiation et de déréglementation, ont été les principaux vecteurs qui ont initialisé le processus de libéralisation. Ces politiques ont visé certes à libéraliser la sphère financière. Mais, la "révolution conservatrice", née aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, allait aussi affecter, plus largement, les relations salariales, les conditions de travail, ainsi que les privatisations de services en réseau (comme les télécom, l’énergie, les chemins de fer, etc.).

Cependant, c’est bien la libéralisation et la déréglementation de la sphère financière qui allaient être au cœur du processus, redonnant une nouvelle fois à une finance libéralisée une place qu’elle avait perdue depuis la première guerre mondiale.

La fin des années 1970 et le début des années 1980 vont ainsi marquer plus généralement le passage d’économies dont le financement était largement intermédié par les systèmes bancaires, vers des économies de finance directe où le rôle des marchés financiers joue le rôle central. Mais, cette fois-ci, il revenait aux Etats-Unis, ainsi qu’aux investisseurs institutionnels originaires de ce pays, d’être le fer de lance du processus.

Durant toute une période qui s’étale sur un quart de siècle (1970-1995), on peut distinguer plusieurs étapes dans le processus de libéralisation des marchés. On en dénombrera schématiquement quatre, mais celles-ci se chevauchent assez largement. La réglementation nouvelle va agir à la fois pour abolir les anciennes barrières, mais aussi pour créer des espaces de transaction nouveaux et finalement déboucher sur la crise financière actuelle.

Très souvent, on explique la crise par des dérèglements, par des dysfonctionnements, ou par de mauvaises incitations. Des acteurs imprudents auraient commis des excès. Les marchés financiers auraient été mal contrôlés, ou pour certains segments, pas contrôlés du tout. Ces facteurs ont joué bien sûr : il y a des traders hasardeux, des fonds spéculatifs non surveillés, des paradis fiscaux opaques, des agences de notation myopes et même des banques centrales inattentives ou des gouvernements passifs.


Mais, s’il ne s’était agi que d’imprudences, de comportements déviants ou de défaillances d’organismes financiers marginaux, on aurait du mal à expliquer le montant considérable des pertes de valeurs engendrées par ces spasmes ou dérapages financiers. Le Fonds Monétaire International (FMI), les révisant constamment en hausse depuis un an, les a évalué successivement à 400, 945 et aujourd’hui 1.400 milliards de dollars. De même comprendrait-on mal que les banques, ou les fonds hypothécaires, aujourd’hui en faillite ou ébranlés et secourus en catastrophe par les Etats, soient parmi les plus anciens et souvent des fleurons de la place. C’est donc bien le cœur du système financier, aux Etats-Unis comme en Europe, qui est touché.


Il faut donc examiner non pas seulement les causes immédiates de la tourmente financière, mais ce qui est à son fondement même : l’écart insensé qui s’est creusé depuis trente ans entre la sphère financière et l’économie réelle, lui-même trouvant sa source dans les processus de libéralisation des marchés monétaires et financiers.